30/05/2016

Katarina Bivald nous emmène en Amérique !

Il y a ceux qui n'ont encore jamais mis les pieds en Amérique; et ceux qui connaissent déjà. "L'Amérique" : oui, oui, celle-là. Celle des highways et SUV. Celle des routes démesurées, des rednecks et des pancakes.

C'est là-bas que la suédoise Katarina Bivald nous emporte. A dos de livres, en plus ! Sarah petite libraire à la timidité hors pair est bien perdue lorsqu'elle arrive à Broken Weels. Une seule solution : se cacher, comme elle l'a toujours fait, derrière le livre qu'elle lit en ce moment. Physiquement. Faire l'autruche, quoi.

Oui, sauf qu'à Broken Weels, sa première destination lointaine depuis toujours, où elle devait retrouver son amie de plume Amy, rien ne se passe comme prévu. A commencer par le fait qu'Amy, elle, s'est éteinte de maladie quelques jours plus tôt. Mais alors, qu'est ce qu'elle fait là, Sarah ? Et qu'est ce qu'elle va faire ? Et avec qui ??... Et si les livres pouvaient justement être la solution ?

La jolie histoire de la création d'une librairie au fin fonds de l'Iowa aux Etats-Unis. Ou comment la simplicité et la gentillesse rapprocheront inévitablement la fiction du réel, avec histoire(s) d'amour, guerres de clochers, préjugés en tous genre envers gays et communautés minoritaires, et, comme le dirait si bien Sarah, "fin heureuse garantie" ! Cyniques, s'abstenir.

La bibliothèque des cœurs cabossés, sortie poche juin 2016 chez J'ai Lu. Faites vous plaisir cet été !

08/05/2016

Passe-passe, du deuil à la joie du souvenir

Découverte au Salon du Livre et partagée à nouveau ce weekend, on ne lasse pas de cette pépite sans parole si pleine d'intensité : Passe-Passe, aux Editions de la Gouttière

D'un trait de crayon à l'autre et d'une couleur chaude au gris, grand-mère et petite-fille petit à petit se disent au revoir, sans trop l'apercevoir. "Mamina" comme l'appelle ma fille (mais chacun lui donnera son nom!), part tout doucement vers le grand voyage, au rythme pourtant des péripéties enfantines, du vélo à gogo et des rires à foison. 
Tout en douceur et en poésie, cette album lumineux et plein d'amour parle simplement du départ : plus que la mort, c'est une métamorphose. Vers l'ailleurs, vers autres chose : vers ce papillon libre, qui ne quittera finalement jamais la petite fille. A lire, relire, re-relire, laisser lire seul aussi, dès 4 ans. Pour préparer, accompagner, ou laisser vivre l'émotion du décès et du deuil, dans la joie du souvenir. 9€70. Sélection pour le prix Fauve jeunesse à Angoulême 2015.

01/05/2016

Pour un dimanche : "L'enfant multiple" d'Andrée Chedid

J'ai commencé "L'enfant multiple" d'Andrée Chedid (1989) entre deux portes, un jour de semaine, en cette fin avril 2016. Omar-Jo, le petit héros estropié, me fait penser à un ami : espiègle, conscient et rêveur à la fois, il a l'intensité de ceux qui savent que la vie est précieuse, car il a vu la mort de près.


Envoyé à Paris pour "vivre autre chose que la guerre", il rencontre Maxime, le Forrain, et s'investit pour faire reluire son manège. Les chevaux tournoyant emportent le lecteur au cœur du merveilleux, touchant au conte ou bien à la légende. Puis  entre en scène Cheranne, femme coquelicot.

On se laisse emporter par leur joie et par leur amour de vivre. Les pages se tournent, facilement, les unes après les autres, dans les (parfois trop) bons sentiments.

Plaisir aussi de redécouvrir Paris - jusque dans ses moindres recoins, puisque l'action prend même place aux "Trois Portes", dans le 9ème, l'ancien restaurant de mon beau-père ! Jolie surprise qu'Andrée Chedid semblait me réserver tout spécialement, pour une page de poésie du dimanche. Accessible dès 12 ans en plusieurs éditions.



24/04/2016

La future librairie La Forge à Marcq-en-Baroeul

Les choses vont bon train pour une ouverture cet été au 5 place du général de Gaulle à Marcq ! Discussion avec les éditeurs, rencontres avec les menuisiers, les entreprises de BTP, les banquiers. Un métier complet.

Plaisir de déambuler dans ce joli local plein de charme en face de l'Eglise Saint Vincent, de m'y imaginer cet été, au milieu des cartons puis bientôt au milieu des livres; écoutant par la porte entre-ouverte ce piaillement d'hirondelles qui nichent jusque sous le toit; y accueillant cet automne mamans et grands-mamans et leurs petits enfants. Vivement.


Et quelle joie d'avoir trouvé Aurélie Lhuillery, avec qui je travaille au quotidien sur la liste des ouvrages que vous trouverez en référence bientôt chez nous !

Allez, encore un mois avant d'avoir les clefs. Et après, "y aura plus qu'à"... Tout installer ! Comme on dit.





03/04/2016

Les Vieux Fourneaux : anciens, vraiment ?

Enfin pu savourer le premier Tome des Vieux Fourneaux de Lupano Cauuet chez Dargaud, "I.Ceux qui restent" !

Une bonne lecture du dimanche pleine d'humour auprès de ces trois "anciens" pas nés de la dernière pluie qui nous rappellent que la jeunesse, c'est avant tout dans la tête ! Hâte de dévorer les 2 autres tomes. 

Bientôt libraire ?!

Il y a 1 an 1/2, je me posais au téléphone avec un ami et on se prenait à refaire le monde : et si on... Et si tu... Et si je... devenais libraire ? Je crois que déjà à 5 ans, en regardant la mer sur ce bateau d'Alger, ce métier m'était pré-destiné.

Oui, parce que consultante et formatrice, ça avait beau être un beau métier, notamment depuis que je l'exerçais dans l'Économie Sociale et Solidaire, je n'y trouvais pas mon compte. Le sens, le sens, je cherchais le sens. Ma virée vers l'ESS en 2009 à Montréal était déjà un pas vers lui; ou comment passer de consultante chez Ineum-ex-Deloitte à "chargée de communication et de recherche de financements" auprès de la plus grosse banque alimentaire de Montréal, Jeunesse au Soleil. Du contact; de l'humain.

A mon retour aux sources fin 2010 auprès des racines familiales de ma mère dans le Nord et le Pas-de-Calais, j'ai continué mon métier auprès des associations et des collectivités locales. Formations aux Missions Locales en gestion du temps, accompagnement en recherche de financement auprès d'associations du bassin minier, missions de concertation, de management participatif et d'animation du territoire auprès de collectivités : la variété n'a pas manqué. Le contact humain, lui, si.

J'avais besoin de retrouver les visages, les sourires, le service quotidien à la population qui m'avait animée chez Jeunesse au Soleil. La venue de mes enfants a été le point de rupture. L'occasion de prendre le temps de me recentrer. D'écrire encore; et puis de dire. Écrivain, conteuse, animatrice radio : c'est aussi moi. Lectrice pour moi, lectrice pour mes enfants et puis pour ceux des autres : c'est moi aussi. Alors, j'ai lu. J'ai dit. J'ai conté. J'ai écrit.

Entre 2013 et 2014, penchée sur la quiétude de mon fils, entre deux clients de notre ex-chambre d'hôtes familiale, mon congé parental m'a nourrie de mon moi intérieur. Et puis il y a eu Frédérique, qui m'a guidée l'année dernière par ses questions vers mes véritables moteurs. Racine Croisée, que j'ai fondée avec quelques amis pour favoriser le dialogue entre les cultures par les arts et les lettres, car cela aussi me manquait après 12 ans de ma vie passée à l'étranger.

Aujourd'hui, je suis à ma place.

Après la CCI, l'INFL et La librairie Les Lisières l'été dernier, ma rencontre avec Gonzague du Bateau Livre a achevé de me donner le bagage pour m'engager dans ce métier complet et plein de sens : libraire. Lire, dire, partager, défendre, animer, vendre, gérer - sans oublier le transport des cartons : autant de tâches pour lesquelles j'ai toujours été faite.

Alors voilà : après 1 an 1/2 de travail acharné, mon rêve de gérer une librairie indépendante pourrait bien se réaliser très bientôt. Plus que jamais, mon plus grand désir est que ce rêve soit aussi le vôtre : celui de ma famille, de mes amis, de mes futurs salariés; celui de vous, mes visiteurs, vous qui viendrez bientôt échanger avec moi bien plus, j'espère, qu'un simple bonjour.

Pour tout savoir sur le projet, y mettre votre grain de sel, m'envoyer vos bonnes pensées et vos bonnes ondes : venez visiter et liker la page de votre future librairie de Marcq-en-Baroeul : https://www.facebook.com/librairiedemarcqenbaroeul

31/03/2016

Epopée rétro-futuriste : Globalia de Jean-Christophe Rufin



Dans la droite ligne de Aldous Huxley, le roman Globalia de Jean-Christophe Rufin (2005) sait nous emporter dans une épopée rétro-futuriste qui tient en haleine de la première à la dernière page.

Sur les pas de Baïkal, héros bien malgré lui, de Kate sa bien-aimée et de Puig et sa cape anachronique en ces années futuristes, le lecteur s'enfonce petit à petit dans les arcanes d'une société dont la démocratie quasi parfaite ne peut que dissimuler une tyrannie qui l'est presque autant.

Tyrannie du bien-être; tyrannie du confort. Mais pour quels intérêts ? Car c'est bien là que la quête nous mène : aux deux extrêmes de ce monde futuriste coupé par une frontière entre le "vrai" monde, Globalia, et les "non zones" post apocalyptiques.

D''un côté, la quête de la survie des émotions et de la beauté; de l'autre, celle du pouvoir. La découverte du "pourquoi" de l'existence de ce monde fait frissonner, presque autant que dans SOS Bonheur de Van Hamme,

Des personnages attachants, une intrigue bien montée, pour un livre, qui lors de sa sortie en 2005 mêla enfin les préoccupation politico-humanitaires de l'auteur avec son bel imaginaire. Il était temps !

18/02/2016

La nuit de feu : l'éveil de la foi


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Il y a des ailleurs qui vous révèlent à vous-même; il y a des ailleurs qui vous réveillent à votre spiritualité. C'est le cas pour Eric-Emmanuel Schmitt du Sahara, qu'il découvre à l'âge de 28 ans lors d'un projet de film qui l'emmène dans le désert.

Comment décrire la plénitude du vide ? Comment transmettre l'étreinte intérieure ? Exercice difficile auquel se prête l'auteur, du partage d'une expérience intimement personnelle d'une "nuit de feu" de révélation mystique.

Et pourtant, les croyants (chrétiens ou pas) prendront plaisir à partager avec lui le doux cheminement intérieur vers la foi. La Nuit de Feu est un livre à lire à petits pas, entrecoupés de temps de méditation.

La Nuit de Feu, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel - 16€.

02/02/2016

Bojangles : vivre


En attendant Bojangles par Bourdeaut
Elle s'appelle Ginette. Ou Marie. On ne sait plus. Ca dépend des jours. Elle aime d'un amour fou; tout. La vie, la fête, Mlle Superfétatoire. Et surtout lui, qu'elle a choisi. Lui qui se laisse petit à petit emporter dans la douce folie dure de la femme de sa vie. Jusqu'à ce que la raison ne soit plus qu'un souvenir.

Elle, et lui, ce sont les parents du narrateurs; entre danse de salon et jeux d'échec sur le carrelage, ils vivent au gré du vent sans les convenance qui font les grandes personnes. Et le narrateur vogue, comme nous, de haut en bas de leurs vagues.

On dit que la couverture ne fait pas l'ouvrage. Qu'il ne faut pas s'y fier. Croyez-moi, cette fois, c'est vrai. Je n'aurais pas ouvert le livre sans toutes ses bonnes critiques. Trop "50's", cette couverture. Je n'aurais pas ouvert le livre sans le regard pétillant d'une lectrice avertie. "Tu sais, l'autre jour, j'en parlais, et là, je me suis dit, mais j'ai envie d'y être, encore!" Oui, c'est à peu près ça, l'effet "Bojangles" : on y plonge, on y crowle, on y danse, on s'y délecte.

De la pure folie, douce, ou pas; de celle qui nous fait vivre. De celle qu'on aimerait voir, là, tous les jours, dans nos vies qui ne seraient alors pas celles de tous les jours. J'ai aimé Bojangles car je m'y suis retrouvée. J'ai aimé Bojangles pour son improbabilité. J'ai aimé Bojangles comme on aime son enfance. Un tour de manège. Qui ne s'arrêterait jamais.

Olivier, c'est ton premier roman : on attend les prochains !

27/01/2016

Mathias Enard, nous sommes tous des...

Avec La Rue des Voleurs, Mathias Enard nous livre une oeuvre rare. Au détour d'une rue du Maghreb, un jeune. Comme les autres. Qui ne croit pas en l'avenir. Et pourtant. Pourtant il avance, il saisit, il rebondit, il fait confiance. Mais à qui ? Et à quoi ? Derrière des visages amis, derrière des proposition d'aide, parfois, la surprenante vérité d'intérêts qui dérangent. Comment glisse-t-on dans "l'autre monde", comment passe-t-on des "gentils" aux "méchants", tout en douceur, sans y prendre garde... Et comment s'en sort-on ? Sans avoir été dans ces pas, l'auteur, subtil, nous y emporte. A lire, sans compter, et jusqu'au bout.

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25/01/2016

Antoine Mouton nous rend fou

Publié cet été aux éditions Christian Bourgois, Le Metteur en Scène Polonais, d'Antoine Mouton, m'a fait de l’œil sur l'étagère d'une librairie. Dans ce livre, un livre. Vivant. Qui rend fou. Celui d'Antoine Mouton aussi, rendrait-il fou ? Magnifique mais coriace mise en abîme, ce roman qui n'en n'a pas l'air nous emporte dans les circonvolutions les plus loufoques d'un esprit - celui du narrateur - en proie à la folie. On embarque avec lui dans une phrase, sans bien savoir qui du livre ou de l’œuf, nous en fera voir la fin. Une page, deux pages plus loin, la phrase s'arrête enfin, hors d'haleine, trébuchant sur les mots. Le lecteur, en passant, s'y perd un peu. Est-ce le but ? Difficile en tous cas rester accroché jusqu'au bout, perdu qu'on est entre les pronoms et les verbes, qui portent parfois à confondre sujet de la phrase et son objet; ardu de suivre cette tombée, plutôt qu'une envolée, vers des abîmes profondes, si profondes, qu'on n'en sait plus bien qui est qui : et eux non plus, d'ailleurs. Mais la chute en vaut le coup, définitivement, et prouve s'il le fallait qu'Antoine Mouton sait bien ce qu'il fait, lui. Alors lisons; mais, chut ! Silence, là, autour. Sinon, je perds ma ligne !

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22/04/2015

Haruki Murakami, Underground suivi de Le Lieu Promis (1995-96-97, traduction 2013) :"eux"et "nous"

Quand on entend les termes "Eux" et "nous", beaucoup d'entre nous penserons spontanément à la doctrine manichenne de Bush junior :"you are with us, or against us". La pensée de Murakami dans Underground et sa suite Le Lieu Promis (Post-Underground) est bien plus subtile. Le long de témoignages poignants glanés pendant des mois auprès des victimes de l'attentat au gaz Sarin par la secte Aum dans le métro de Tokyo en 1995, puis de témoignages d'adeptes de la secte, l'auteur dépeint une société japonaise aux multiples facettes, parfois aveugle malheureusement aux laissés-pour-compte qui n'en saisissent pas les règles, qui se réfugient dans l'ombre rassurante de la secte.
"Beaucoup ont signalé combien "ils haïssaient ces brutes d'Aum"," nous dit Murakami, "tout en se retrouvant privés du moindre exutoire pour leur "haine intense". Oú pouvaient-ils la crier? Vers quoi se tourner? Leur confusion à été aggravée par le fait que personne ne pouvait mettre la main sur les sources de ces violences - dans le fait de ne rien avoir contre quoi diriger sa colère et sa haine-(...). " Murakami évoque ainsi "une éruption cauchemardesque sous nos pieds (...) qui a mis en relief toutes les contradictions latentes et les points faibles de notre société." (P.380-381). Quelques pages plus loin, il ajoute : "J'étais en effet très inquiets de constater que nous n'avions pas commencé à traiter, sans même parler de les résoudre, les problèmes fondamentaux que ces attaques posaient à notre société." (p.390)

Ces lignes me renvoient à mes propres préoccupations face à la tuerie de Charlie Hebdo en janvier 2015. Qu'avons-nous appris sur notre société? Qu'avons nous tiré comme leçon sur les dérives de notre système d'immigration-assimilation "à la française", sur le décrochage scolaire, sur notre incapacité à donner à certains une chance qu'ils vont alors chercher ailleurs, dans les extrémismes en tous genres? Religions de toutes obédiences qui se permettent des violences envers les LBTG d'un côté, la presse de l'autre, la liberté d'être soi et de s'exprimer; ou politique, de tous bords, qui cataloguent et jugent au mépris du respect de la différence. Tout comme au Japon en 1995, aujourd'hui chez nous, "la véritable clef (ou une partie de la clef) du mystère projeté par "eux" sur (notre pays) (n'a-t-)elle pas toutes les chances de se retrouver cachée sous "notre" territoire?" (P.363) Ceux qui ont aimé La Part de l'Autre d'Eric Emmanuel Schmitt devraient apprécier, dans un autre genre, Underground et sa suite. Car c'est bien de ça qu'il s'agit : tenter, à travers une description narrative de cette journée d'attaque, de comprendre qui est ce "nous" japonais, ce qui fonde ses valeurs communes, et y reconnaître la "part de l'autre", cette ombre de terreur qui fait partie de chacun de nous et de chaque société, en miroir, et qui n'existerait pas sans elle. Eric Besson s'est fendu d'un bel article en la matière suite aux événements de janvier : "Aidez cette jeunesse qui ne demande qu’à faire partie de la société". Murakami, lui, use de sa prose bien plus complexe et riche : "j'essaie de fournir ici (...) non pas un point de vue clair et définitif, mais les matériaux de chair et de sang à partir desquels construire des points de vues multiples - le même objectif que j'ai à l'esprit quand j'écris des romans" (p.394).



Les futurs expatriés au Japon auront aussi sans doute beaucoup à prendre dans la lecture de cet ouvrage, où cet auteur citoyen du monde nous offre un regard croisé intérieur-extérieur sur les valeurs, coutumes et pratiques de chez lui, avec pas moins d'une quinzaine de descriptions factuelles et intimes du fonctionnement de cette société, de la valeur travail au vivre ensemble en passant par le sentiment de sécurité et la critique des institutions publiques et du "filet" d'urgence nécessaire dans ce genre de situation; critiques qui ont d'autant plus de poids et de sens qu'elles sont formulées par un membre même de cette société.

Intéressant aussi pour tous ceux qui aiment l'œuvre de fiction de l'auteur, puisqu'il fait là un pas de côté qui aide à mieux le saisir. "J'avais vécu à l'étranger, loin du pays, pendant un long moment - sept ou huit ans -, d'abord en Europe, puis aux États-Unis. J'étais parti après avoir publié "la fin des temps" et, hormis de brèves visites, je n'y étais pas retourné avant d'avoir terminé Chroniques de l'Oiseau à Ressort. J'avais considéré cette période comme un exil imposé par moi seul. Je voulais élargir mon expérience d'autres lieux, me poser et écrire." (P. 376)

Un immanquable, donc, et si aisé à lire qu'on l'emporte n'importe où, du métro au café jusque sur sa table de chevet.

Bonne lecture.

15/04/2015

Zoée Valdes verse en français - le 14 avril chez Morel à Lille

Un verre de vin, l'ambiance chaude de Chez Morel, Emmanuel Darley à sa gauche, la jeune femme de l'Escale des Lettres en bout de table, Zoé Valdes nous confie d'une langue roulante son premier texte en Français. "Quant je suis arrivée en France, dit-elle, je me suis battue avec la langue française, pour avoir des papiers". Exilée ou immigrée, sa réalité est bien celle en tout cas d'une artiste immergée soudainement dans une culture et une langue qui ne sont pas ses outils, dans une réalité qu'elle ne peut façonner. Dans le même temps, dit-elle, panne d'écriture en Espagnol. 

Puis voilà que c'est le rêve qui lui ouvre la porte d'un nouvel univers, une histoire qui est la sienne mais plus tout à fait la même, car elle rêve en français. "Un jour, on se met à rêver dans notre langue de refuge". "C'est une aventure mystérieuse". En naissent des textes brefs captant des instants de réels, à l'image de "Fragnol", ce fragment de français et d'espagnol qui dénoue tous les rires dans la salle. Écrire en français, c'est s'ouvrir un nouveau monde, se libérer du carcan de la bataille initiale avec la langue d'ailleurs, et aussi de la lutte contre celle de chez soi. "C'est difficile d'apprendre la liberté", dit-elle. Immergé(e) dans un nouveau monde, on doit d'abord en apprendre la langue : les codes, les non-dit, les outils - la liberté ne vient qu'après, comme la transcendance de ces mœurs. Pour elle, il aura fallu 3 ans. Et pour vous ?

Pour ceux qui ont raté Zoé VALDES & d'Emmanuel DARLEY hier soir à Lille chez Morel (Photo) c'est encore possible ce soir...
Posted by Escales des lettres - Centre littéraire on mercredi 15 avril 2015

11/04/2015

Riad Sattouf nous donne peur de l'Arabe du Futur

On a peur du futur en parcourant les cases aux accents autobiographiques et aux teintes voilées d'une ambiance monochrome du dernier Fauve d'Or d'Angoulème. Riad Sattouf, le même, en plus jeune, en prise à l'idéologie dévorante de son père pour l'"Arabe du Futur". Blondinet, il est né d'une maman Bretonne et d'un papa Syrien extirpés de leurs campagnes respectives pour rejoindre la Sorbonne, où leur destins se croisent pour ne plus se quitter. 

Au-delà de l'anecdotique, "tout le monde me trouvait beau" qui débute l'album, des regards de l'enfant sur le monde qui l'entoure, qui peuvent sembler naïfs, lors du déménagement de la famille en Lybie puis en Syrie, Sattouf garde son ton caustique, résolument. Et fait peur. Effet voulu, sans aucun doute. Et preuve d'une souffrance non encore totalement exprimée qu'il certainement dû traverser. Des valeurs tiraillées entre deux univers, des règles de vie inverses à vivre d'un jour à l'autre, des tableaux cauchemardesques de coutumes dépassées; mais n'est ce pas là aussi le bagage de douleur que doivent subir tous les Cross Culture Kids*, ces enfants à mi fesse à cheval entre deux univers? Chaque enfant exacerbe toujours les souvenirs mal compris au long de son enfance; c'est là ce qui façonne l'adulte. La couleur "culturelle" n'en n'est alors qu'un angle d'approche, explication sans doute facile à croire pour un Cross Culture Kid, et souvent d'ailleurs apposée là a posteriori par l'enfant devenu adulte : la raison qui a fait qu'on a tellement souffert. D'autres ont souffert, pourtant, des mêmes déchirements interculturels, sans pour autant pointer les coutumes d'un pays comme responsables de toutes leurs souffrance. 

D'autres, aussi, comme par exemple le Québecois Guy Delisle, on fait le choix, ou on pu faire le choix, d'un regard moins brutal sur les mœurs culturelles de contrées étrangères, en guerre, en dictature. La souffrance de l'enfant devenu adulte en exil, est-ce là une bonne raison pour faire naître la terreur de l'autre et de l'ailleurs? Car c'est bien là l'effet induit, malheureusement, pour tous ceux trop nombreux qui s'arrêteront à un premier degré de lecture de "L'Arabe du Futur". Je préfère la distance incrédule, critique mais sans jugement, d'une Chronique de Jérusalem ou de PyongYang de Guy Delisle.

*  David C. Pollock and Ruth van Reken

15/01/2009

On n'a pas changé


Petit détour par Bruxelles à l'occasion des fêtes; petite plongée dans les souvenirs après quelques mois ou quelques années sans se voir. On rigole de nos ridules, de nos kilos en plus pour certains, de nos cheveux en moins pour d'autres; on pense à se raconter nos vies puis on oublie, on se laisse porter par les rires et les conversations commencées hier en 2001 ou 2007 et reprises aujourd'hui comme si le temps n'avait pas cours. On n'a pas changé. Toujours aussi fous, toujours aussi rêveurs, toujours aussi danseurs pour certains, toujours aussi mélancoliques pour d'autres. On retrouve en l'autre la part de nous-même qu'on lui avait laissée, on repart plein d'un bout de l'autre qu'on lui rendra plus tard.
2 ans sans rock, ça ne parait pas...



On s'était dit "à tout à l'heure" en 1995 et "à bientôt" en 2001

26/11/2008

Le Québec n'est pas la France


Nee chez les Caribous nous disait l'autre jour avec beaucoup de justesse que Montréal n'est pas le Québec. Je dirai même plus... Le Québec n'est pas la France, ni "une France un peu différente", ni encore moins "une extension de la France". Comme Nee le dit si bien, "Vraiment chaque jour je suis agréablement surprise de la richesse de la culture québécoise, ce n'est pas toujours évident de comprendre et de tout saisir si on ne prend pas le contexte historiquo-culturel mais c'est vraiment enrichissant. Ils ont vraiment de manière globale une vision totalement différente sur de nombreux dossiers sociaux, politique et même historique." Cette réflexion, que j'ai eu moi aussi il y a quelques mois, montre en tous cas une chose, c'est qu'à bien des égards, les Français ne connaissent pas le Québec et les Québécois et n'en n'ont même pas conscience; jusqu'à avoir la chance, parfois, de vivre quelques temps ici et d'être "initiés" par ceux qui nous accueillent.

Petite généralisation culturaliste aisée: souvent, le Français connait ses voisins francophones (sous forme de caricature, certes): la Belgique, son roi, ses problèmes de langues, ses frites et ses gauffres, son bon vivant, ses bandes dessinées et son accent; la Suisse, ses comptes bancaires numérotés, sa neutralité politique, son système de cantons, ses beaux paysages, son fromage et son chocolat et son parler un peu plus lent qu'en France. Mais que connait donc le Français du Québec, si ce n'est son accent chantant et sa chanteuse fétiche "Céline"? (Dion, vous entendrez, mais icitte on dit juste "Céline", vous le saurez). Pas grand chose, ma foi, sauf peut-être "les paysages du Grand Nord" - eh mais attendez, il y en a aussi dans le reste du Canada, ça ne marche pas!

Que ce manque flagrant de connaissance s'explique par le traditionnel éthnocentrisme français et notre manque de curiosité, par la relative jeunesse de l'art et de la culture québécoise francophone ou par son manque d'exportation outre-Atlantique (mais pourquoi diable? Il y a tellement de choses à découvrir!), ou encore peut-être juste par la distance physique, je dirais juste ceci: c'est bien dommage. Plus dommage encore que certains Français (très nombreux à vrai dire) viennent vivre ici quelques mois ou quelques années et repartent aussi vides de cette culture que lorsqu'ils sont arrivés car ils n'ont pas eu la chance d'y être "initiés". Comme le dit Pascal Baudry dans "Français et Américains, l'autre rive", "La compréhension d’une culture de l’intérieur se produit par osmose, à la suite d’une longue immersion, ou lorsqu’un proche déjà immergé dans cette culture vous aide à la décoder." Merci à ceux qui, proches de moi, partagent avec moi ce petit bout d'eux et de leur culture dont je m'imprègne aujourd'hui comme une éponge (pour reprendre l'expression de Rachel), éponge qui ne tardera pas à venir s'épancher sur ce blog...

"Dans une société de plus en plus mercantile et cynique, où la générosité se perd et où l’individu est de plus en plus isolé, il faut réintroduire le coeur : don de son temps, de son attention, de son argent, de son savoir. Et dans un pays dont la culture est en train de s’affadir, il faut être acteur d’un grand sursaut collectif bien nécessaire. Dépasser le gain personnel immédiat, retrouver la générosité, cette fraternité positive et non pas apeurée ou défensive ; transmettre autour de soi, notamment aux générations suivantes, la richesse de notre culture."

Pascal Baudry "Français et Américains, l'autre rive"

27/07/2008

Outremont dans le silence

À F. et A., qui m'ont fait découvrir ce lieu, chacun à leur manière

À l'angle de St Viateur et Bloomsfield se niche l'un des parcs les plus calmes de Montréal. Il est 11h15, nous sommes en plein mois de juillet, c'est les "vacances de la construction", les enfants sont en congés. Je suis sur un banc, à l'abri de la chaleur naissante de la fin de matinée.

Derrière moi, de grandes maisons stoïques et protectrices gardent jalousement leurs secrets et leur fraicheur. On peut presque sentir, d'ici, le silence des longs couloirs plongés dans la pénombre des volets clos, et cette odeur de naphtaline qu'ont les maisons trop grandes et presques inhabitées - et pourtant si pleines de souvenirs d'enfance, souvenirs des siestes d'été où l'on ne dort pas car on attend avec trop d'impatience l'heure de la plage - ou, ici, l'heure du parc.

Devant moi, une "cage à enfants" entourée de grandes barrières de fer, où des mamans, principalement, poussent leurs bambins sur des balançoires, en plein soleil, alors que tout le reste du parc est à l'ombre.

Et tout ça, dans le silence.

Un silence incroyable, où même les enfants sont calmes et se contentent de gazouiller joyeusement; influence du quartier juif? Un silence entrecoupé du grésillement des cigales et du bruit du vent dans les arbres; pour un peu, on se croierait en Provence - ou dans le Périgord, peut-être-, en plus citadin.

Parfois, quelques voitures, des SUV, comme il se doit à Outremont, brisent quelques secondes la quiétude ambiante, du bruit léger de leur moteur insonorisé. Un enfant pleure, ici ou là, vite calmé par ses parents. Ici, il faut "ménager son voisinage", comme le disent les panneaux. A tout celà, il faut rajouter les écureuils, dont on entend les pas feutrés dans l'herbe et les bruits de grignotage, et la lumière qui filtre à travers les feuilles au-dessus de moi, ainsi que le bruit de la fontaine, qui, plus loin, raffraichit l'air.

À quelques "blocs", comme ils disent ici, des femmes de tous âges, toutes de noir vêtues, jusqu'au col enchâssées, lisent calmement et inlasablement, sous la tonnelle de leurs immenses demeures, des livres, eux aussi, sans âge; ce sont les juives d'Outrement.

Dans ces rues-là, pas un bruit; encore moins qu'ici. De temps à autre, un "couple" de bambins, vestes noires et pulls à lozanges bleus pâles pour les garçons, robes noires ou grises aux fleurs roses pâles pour les petites filles, passe devant ces demeures, main dans la main, les bouclettes des garçons et les jupes des filles dansant sous leur kippa ou sur leurs jambes avec le mouvement de leurs pas, seul élément instable de toute leur petite personne bien rangée et uniformisée.

Parfois, enfin, un père; un patriarche. Seul, chapelet à la main, chapeau noir sur la tête, ventre souvent omniprésent, il avance d'un pas lent, décidé et soucieux, qui tranche avec l'insoucianse irresponsable des femmes et des enfants.

Outremont, rencontre de deux mondes, de deux époques, de l'idéologie et de la vacuité de l'âme. Tout cela, dans le calme; et le silence.

25/07/2008

Il n'y a pas que les chats qui ont faim!

Juste pour rire... Après la vidéo du chat, bienvenu au lapin de Pixar!



Pour voir la vidéo en entier, rendez-vous sur http://www.cartoons-land.com/2008/07/20/pixar-presto-hd/

Manifestement, Pixar se serait inspiré de cette petite vidéo d'un étudiant américain: http://www.youtube.com/watch?v=nJeoMSefUsQ; j'ose espérer qu'ils lui payeront des droits!

08/06/2008

Bien s'occuper

Saint Ignace, Lettre à Fulvio Androzzi, 1556.
Magazine Responsables, MCC, Mai 2008

"Quand les occupations abondent, il faut choisir et se dépenser dans les plus importantes, c'est-à-dire dans celles où Dieu est mieux servi, où l'âme du prochain est plus aidée, où le bien est plus universel et plus parfait."

L'amour, un souque-à-la-corde

Le Syndrome du Caniche, Richard Martineau
Elle Québec, mars 2008 - Humeur

"L'autre jour, en surfant sur Internet, je suis tombé sur un site qui donne des conseils aux filles. La rubrique de la journée? "Dix façons d'amener votre amoureux à changer son look et ses habitudes."
Chères lectrices, regardez-moi dans les yeux et répondez franchement à ma question: c'est quoi, ce trip, de toujours vouloir changer vos chums?
Si vous voulez un bungalow en banlieue, pourquoi avez-vous acheté un condo en centre-ville? Si vous vouliez un chat, pourquoi avez-vous acheté un chien?
Dans un de ses spectacles, Patrick Huard raconte une bonne blague à ce sujet. "Tu répètes que je suis pépère, que je ne ressemble plus à l'étalon fringuant que tu as connu plus jeune, dit-il à sa blonde. Mais enlève la selle et le harnais que tu m'as installés sur le dos, ouvre la porte de l'enclos et tu vas voir que je suis encore capable de galoper!"
Les Anglais ont résumé ce réflexe contradictoire dans une belle phrase: "I love you, you're perfect. Now, change." C'est exactement de cette manière que la plupart des filles se comportent: "je t'aime, tu es parfait. Maintenant, change." Change ton look, tes habitudes, ta façon de manger, tes amis.
Vous tombez follement amoureuse d'un chien de ruelle. Vous l'emmenez à la maison, vous le tondez, vous lui coupez les griffes, vous lui mettez un collier rouge et or, vous l'obligez à faire pipi sur la gazette, vous lui faites suivre des cours de bonnes manières, vous le chicanez chaque fois qu'il jappe, vous le frappez avec un magazine dès qu'il se met à zigner...
Puis, vous déplorez le fait qu'il ressemble à un caniche!
Faudrait savoir, les filles.
Vous me faites penser à un gai qui faisait partie de mon cercle d'amis, il y a plusieurs années. Son fantasme ultime était de coucher avec un hétérosexuel. Mais si un gars hétéro couchait avec lui, c'est parce qu'il n'était plus tout à fait hétéro...
Résultat: le gars était complètement frustré. Il ne pouvait jamais réaliser son rêve.
C'est la même chose avec vous. Vous nous demandez de changer, vous EXIGEZ qu'on change, mais si on répond à votre demande, vous êtes déçues.
Dans le fond, ce que vous désirez vraiment, c'est qu'on vous résiste. Qu'on vous dise non.
Vous nous faites passer un test. Vous nous demandez de vous donner quelque chose que vous ne voulez pas.
Vous ne trouvez pas ce jeu stupide? stérile? contre-productif?
Après ça, vous vous demandez pourquoi les gars sont si mêlés. Duh!
On le serait à moins, non?
Quoique, à bien y penser, on fait la même chose. On veut que vous soyiez hyper sexys, sensuelles, désirables, que vous rendiez nos amis jaloux... Mais si vous faites tourner trop de têtes et si trop de gars se mettent à vous flirter, on vous traite d'allumeuses et on vous fait la gueule.
Qui sait, c'est peut-être ça, l'amour. Un souque-à-la-corde.
Le gars tire de toutes ses forces pour attirer de son bord, la fille tire de toutes ses forces pour attirer de son bord, mais aucun joueur ne doit bouger, ne doit céder un pouce.
Chacun doit résister à l'autre.
Le jeu se termine quand un des participants traverse la ligne et met le pied dans le territoire de l'autre.
Fou? Certes. Mais il faut être fou pour vivre à 2, vous ne trouvez pas?"