On a peur du futur en parcourant les cases aux accents autobiographiques et aux teintes voilées d'une ambiance monochrome du dernier Fauve d'Or d'Angoulème. Riad Sattouf, le même, en plus jeune, en prise à l'idéologie dévorante de son père pour l'"Arabe du Futur". Blondinet, il est né d'une maman Bretonne et d'un papa Syrien extirpés de leurs campagnes respectives pour rejoindre la Sorbonne, où leur destins se croisent pour ne plus se quitter.
Au-delà de l'anecdotique, "tout le monde me trouvait beau" qui débute l'album, des regards de l'enfant sur le monde qui l'entoure, qui peuvent sembler naïfs, lors du déménagement de la famille en Lybie puis en Syrie, Sattouf garde son ton caustique, résolument. Et fait peur. Effet voulu, sans aucun doute. Et preuve d'une souffrance non encore totalement exprimée qu'il certainement dû traverser. Des valeurs tiraillées entre deux univers, des règles de vie inverses à vivre d'un jour à l'autre, des tableaux cauchemardesques de coutumes dépassées; mais n'est ce pas là aussi le bagage de douleur que doivent subir tous les Cross Culture Kids*, ces enfants à mi fesse à cheval entre deux univers? Chaque enfant exacerbe toujours les souvenirs mal compris au long de son enfance; c'est là ce qui façonne l'adulte. La couleur "culturelle" n'en n'est alors qu'un angle d'approche, explication sans doute facile à croire pour un Cross Culture Kid, et souvent d'ailleurs apposée là a posteriori par l'enfant devenu adulte : la raison qui a fait qu'on a tellement souffert. D'autres ont souffert, pourtant, des mêmes déchirements interculturels, sans pour autant pointer les coutumes d'un pays comme responsables de toutes leurs souffrance.
D'autres, aussi, comme par exemple le Québecois Guy Delisle, on fait le choix, ou on pu faire le choix, d'un regard moins brutal sur les mœurs culturelles de contrées étrangères, en guerre, en dictature. La souffrance de l'enfant devenu adulte en exil, est-ce là une bonne raison pour faire naître la terreur de l'autre et de l'ailleurs? Car c'est bien là l'effet induit, malheureusement, pour tous ceux trop nombreux qui s'arrêteront à un premier degré de lecture de "L'Arabe du Futur". Je préfère la distance incrédule, critique mais sans jugement, d'une Chronique de Jérusalem ou de PyongYang de Guy Delisle.
* David C. Pollock and Ruth van Reken
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