15/01/2009

On n'a pas changé


Petit détour par Bruxelles à l'occasion des fêtes; petite plongée dans les souvenirs après quelques mois ou quelques années sans se voir. On rigole de nos ridules, de nos kilos en plus pour certains, de nos cheveux en moins pour d'autres; on pense à se raconter nos vies puis on oublie, on se laisse porter par les rires et les conversations commencées hier en 2001 ou 2007 et reprises aujourd'hui comme si le temps n'avait pas cours. On n'a pas changé. Toujours aussi fous, toujours aussi rêveurs, toujours aussi danseurs pour certains, toujours aussi mélancoliques pour d'autres. On retrouve en l'autre la part de nous-même qu'on lui avait laissée, on repart plein d'un bout de l'autre qu'on lui rendra plus tard.
2 ans sans rock, ça ne parait pas...



On s'était dit "à tout à l'heure" en 1995 et "à bientôt" en 2001

26/11/2008

Le Québec n'est pas la France


Nee chez les Caribous nous disait l'autre jour avec beaucoup de justesse que Montréal n'est pas le Québec. Je dirai même plus... Le Québec n'est pas la France, ni "une France un peu différente", ni encore moins "une extension de la France". Comme Nee le dit si bien, "Vraiment chaque jour je suis agréablement surprise de la richesse de la culture québécoise, ce n'est pas toujours évident de comprendre et de tout saisir si on ne prend pas le contexte historiquo-culturel mais c'est vraiment enrichissant. Ils ont vraiment de manière globale une vision totalement différente sur de nombreux dossiers sociaux, politique et même historique." Cette réflexion, que j'ai eu moi aussi il y a quelques mois, montre en tous cas une chose, c'est qu'à bien des égards, les Français ne connaissent pas le Québec et les Québécois et n'en n'ont même pas conscience; jusqu'à avoir la chance, parfois, de vivre quelques temps ici et d'être "initiés" par ceux qui nous accueillent.

Petite généralisation culturaliste aisée: souvent, le Français connait ses voisins francophones (sous forme de caricature, certes): la Belgique, son roi, ses problèmes de langues, ses frites et ses gauffres, son bon vivant, ses bandes dessinées et son accent; la Suisse, ses comptes bancaires numérotés, sa neutralité politique, son système de cantons, ses beaux paysages, son fromage et son chocolat et son parler un peu plus lent qu'en France. Mais que connait donc le Français du Québec, si ce n'est son accent chantant et sa chanteuse fétiche "Céline"? (Dion, vous entendrez, mais icitte on dit juste "Céline", vous le saurez). Pas grand chose, ma foi, sauf peut-être "les paysages du Grand Nord" - eh mais attendez, il y en a aussi dans le reste du Canada, ça ne marche pas!

Que ce manque flagrant de connaissance s'explique par le traditionnel éthnocentrisme français et notre manque de curiosité, par la relative jeunesse de l'art et de la culture québécoise francophone ou par son manque d'exportation outre-Atlantique (mais pourquoi diable? Il y a tellement de choses à découvrir!), ou encore peut-être juste par la distance physique, je dirais juste ceci: c'est bien dommage. Plus dommage encore que certains Français (très nombreux à vrai dire) viennent vivre ici quelques mois ou quelques années et repartent aussi vides de cette culture que lorsqu'ils sont arrivés car ils n'ont pas eu la chance d'y être "initiés". Comme le dit Pascal Baudry dans "Français et Américains, l'autre rive", "La compréhension d’une culture de l’intérieur se produit par osmose, à la suite d’une longue immersion, ou lorsqu’un proche déjà immergé dans cette culture vous aide à la décoder." Merci à ceux qui, proches de moi, partagent avec moi ce petit bout d'eux et de leur culture dont je m'imprègne aujourd'hui comme une éponge (pour reprendre l'expression de Rachel), éponge qui ne tardera pas à venir s'épancher sur ce blog...

"Dans une société de plus en plus mercantile et cynique, où la générosité se perd et où l’individu est de plus en plus isolé, il faut réintroduire le coeur : don de son temps, de son attention, de son argent, de son savoir. Et dans un pays dont la culture est en train de s’affadir, il faut être acteur d’un grand sursaut collectif bien nécessaire. Dépasser le gain personnel immédiat, retrouver la générosité, cette fraternité positive et non pas apeurée ou défensive ; transmettre autour de soi, notamment aux générations suivantes, la richesse de notre culture."

Pascal Baudry "Français et Américains, l'autre rive"

27/07/2008

Outremont dans le silence

À F. et A., qui m'ont fait découvrir ce lieu, chacun à leur manière

À l'angle de St Viateur et Bloomsfield se niche l'un des parcs les plus calmes de Montréal. Il est 11h15, nous sommes en plein mois de juillet, c'est les "vacances de la construction", les enfants sont en congés. Je suis sur un banc, à l'abri de la chaleur naissante de la fin de matinée.

Derrière moi, de grandes maisons stoïques et protectrices gardent jalousement leurs secrets et leur fraicheur. On peut presque sentir, d'ici, le silence des longs couloirs plongés dans la pénombre des volets clos, et cette odeur de naphtaline qu'ont les maisons trop grandes et presques inhabitées - et pourtant si pleines de souvenirs d'enfance, souvenirs des siestes d'été où l'on ne dort pas car on attend avec trop d'impatience l'heure de la plage - ou, ici, l'heure du parc.

Devant moi, une "cage à enfants" entourée de grandes barrières de fer, où des mamans, principalement, poussent leurs bambins sur des balançoires, en plein soleil, alors que tout le reste du parc est à l'ombre.

Et tout ça, dans le silence.

Un silence incroyable, où même les enfants sont calmes et se contentent de gazouiller joyeusement; influence du quartier juif? Un silence entrecoupé du grésillement des cigales et du bruit du vent dans les arbres; pour un peu, on se croierait en Provence - ou dans le Périgord, peut-être-, en plus citadin.

Parfois, quelques voitures, des SUV, comme il se doit à Outremont, brisent quelques secondes la quiétude ambiante, du bruit léger de leur moteur insonorisé. Un enfant pleure, ici ou là, vite calmé par ses parents. Ici, il faut "ménager son voisinage", comme le disent les panneaux. A tout celà, il faut rajouter les écureuils, dont on entend les pas feutrés dans l'herbe et les bruits de grignotage, et la lumière qui filtre à travers les feuilles au-dessus de moi, ainsi que le bruit de la fontaine, qui, plus loin, raffraichit l'air.

À quelques "blocs", comme ils disent ici, des femmes de tous âges, toutes de noir vêtues, jusqu'au col enchâssées, lisent calmement et inlasablement, sous la tonnelle de leurs immenses demeures, des livres, eux aussi, sans âge; ce sont les juives d'Outrement.

Dans ces rues-là, pas un bruit; encore moins qu'ici. De temps à autre, un "couple" de bambins, vestes noires et pulls à lozanges bleus pâles pour les garçons, robes noires ou grises aux fleurs roses pâles pour les petites filles, passe devant ces demeures, main dans la main, les bouclettes des garçons et les jupes des filles dansant sous leur kippa ou sur leurs jambes avec le mouvement de leurs pas, seul élément instable de toute leur petite personne bien rangée et uniformisée.

Parfois, enfin, un père; un patriarche. Seul, chapelet à la main, chapeau noir sur la tête, ventre souvent omniprésent, il avance d'un pas lent, décidé et soucieux, qui tranche avec l'insoucianse irresponsable des femmes et des enfants.

Outremont, rencontre de deux mondes, de deux époques, de l'idéologie et de la vacuité de l'âme. Tout cela, dans le calme; et le silence.